Le dopage vu par un médecin du sport de renom : « Méfiez-vous des compléments alimentaires »
Alors que l'anatomie humaine est restée globalement inchangée depuis des millénaires, les performances sportives atteignent des niveaux inimaginables il y a encore quelques décennies. Où est la limite entre la préparation saine et les méthodes avantageuses déloyales ?
Les limites du potentiel humain sont sans cesse repoussées. Le Dr Jiří Dostal, éminent spécialiste en médecine du sport, aborde le phénomène du dopage, son contexte politique, les idées reçues sur les compléments alimentaires et les scandales retentissants.
Qui est le Dr Jiří Dostal ?
Le Dr Jiří Dostal est le médecin-chef du service de physiologie du sport et cofondateur de l'Institut de médecine du sport (créé en 2011), qui est l'un des centres spécialisés en médecine du sport en République tchèque.
Diplômé de la 2e faculté de médecine de l'université Charles, il a également étudié le management au MCE à Bruxelles. Spécialisé en médecine interne, il a acquis une expérience professionnelle au sein d'établissements de santé de premier plan, tels que Nemocnice Na Homolce et IKEM, ainsi qu'en tant que directeur d'établissement de soins.
Dans sa pratique, il s'est spécialisé dans le sport de haut niveau, les performances extrêmes et les problèmes de contre-performance.
Qu’est-ce que le dopage et pourquoi le diabolisons-nous ?
D'un point de vue juridique, l'Agence mondiale antidopage (l'AMA) définit clairement le dopage : il s’agit de l’utilisation de substances ou de méthodes figurant sur la liste des substances interdites. Tout ce qui n’y figure pas est formellement autorisé. Les objectifs du dopage varient selon le sport : il peut viser à accroître la force, l’endurance, l’explosivité ou à accélérer la récupération.
Cependant, certaines substances sont diabolisées auprès du grand public sans que l'on comprenne mieux leur physiologie. On peut citer par exemple l'érythropoïétine (EPO), une technique relevant de la catégorie des manipulations sanguines. « L’administration d’EPO pourrait même ne pas améliorer les performances d’un athlète d’endurance. » prévient le Dr Dostal : l’EPO n’est efficace que si le facteur limitant la performance de l’athlète est l’apport en oxygène. Si un athlète a des difficultés d’économie de mouvement ou d’utilisation de l’oxygène par les muscles, même les transfusions seront inefficaces.
Une ambiguïté similaire existe concernant les médicaments courants. Les analgésiques purs à composant unique (ibuprofène, aspirine) sont autorisés, mais leur association avec d'autres stimulants présente des risques.
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Le mythe de la vitamine C
La science moderne apporte des éclairages surprenants sur les compléments alimentaires courants. Si les boissons ou gels électrolytiques de fabricants réputés sont sans danger, la vitamine C, largement utilisée, peut paradoxalement nuire aux effets de l'entraînement.
« Plusieurs études ont clairement démontré un ralentissement de la récupération après l’administration de vitamine C en raison d’une réduction extrême des radicaux libres. » Explique le médecin. Les radicaux libres sont essentiels après l’entraînement car ils stimulent la réparation des protéines et la régénération musculaire. Leur suppression artificielle ralentit ce processus naturel.
Le marché des compléments alimentaires recèle également un risque important de contamination aux produits dopants. Des études montrent que 10 à 15 % des compléments contiennent des substances interdites non mentionnées sur l'étiquette. Par conséquent, la prudence est de mise dans le monde du sport : les compléments alimentaires contiennent souvent plus que ce que l'on attend d'eux.
Les technologies de l'hypoxie vs. la génétique
Les discussions portent souvent sur les tentes simulant les conditions de haute altitude (hypoxie). Selon les règles de l'AMA, cela ne constitue pas un dopage, mais ses réels bénéfices sont difficiles à prouver. La stimulation hypoxique est un processus si complexe que les analyses sanguines classiques ne permettent pas de déterminer l'efficacité de la tente. Une méthode très spécialisée appelée thbMass est requise, et cet examen est réalisé par l'Institut de médecine du sport en République tchèque.
À l'inverse, les avantages génétiques, comme ceux observés chez les sprinteurs jamaïcains ou les coureurs kenyans, ne sauraient être considérés comme injustes. Ils résultent d'une évolution naturelle de l'espèce dans une région donnée, conjuguée à un système national performant de détection et de développement des talents.
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Politique, affaires et quête du passé
Ces dernières années, nous avons assisté à de nombreux retraits de médailles et à des disqualifications rétroactives. Selon le Dr Dostal, le dopage est devenu un outil politique dans la lutte des puissances, comme l'ont démontré les sanctions infligées à l'ensemble des athlètes russes et les cyberattaques qui ont suivi, révélant des anomalies dans les passeports biologiques d'athlètes occidentaux.
Alors qu'en Russie et dans l'ex-RDA, le dopage relevait d'un système étatique, de tels signes font défaut en Occident. Le médecin ne se fait toutefois aucune illusion sur l'intégrité du sport occidental. Le réexamen d'échantillons prélevés il y a cinq ans témoigne des progrès technologiques de la médecine, mais du point de vue de l'AMA, il s'agit surtout d'un outil marketing visant à promouvoir la performance. Les tentatives d'effacer les traces du passé (comme celle de Jarmila Kratochvílová) sont qualifiées de purement politiques.
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L'avenir
Bien que les laboratoires semblent toujours avoir une longueur d'avance sur les autorités de réglementation, le sport de haut niveau est probablement plus propre aujourd'hui qu'auparavant. Les records du monde ne sont plus battus de façon aussi spectaculaire que dans les années 1980. Les facteurs économiques et sociaux jouent désormais un rôle important dans la lutte contre le dopage :
- Mesures punitives strictes de l'AMA et surveillance statistique par le biais de passeports biologiques.
- Position intransigeante des sponsors qui ne veulent pas perdre en crédibilité et incluent des clauses de résiliation dans les contrats.
- Le fardeau financier extrême du dopage sophistiqué.
- Le rejet social des athlètes condamnés dans les médias.
Cependant, le véritable danger se situe ailleurs. Si les professionnels sont sous surveillance, le dopage dans le sport amateur et de loisir connaît une recrudescence massive et incontrôlée, représentant un risque sanitaire important.
Des icônes sous l'ombre du doute
Lorsqu'on examine des cas particuliers, on ne peut ignorer Lance Armstrong, dont le dopage systématique (un mélange d'hormones de croissance, de corticostéroïdes, de stéroïdes anabolisants et d'EPO) a été détaillé dans le documentaire Le mensonge Armstrong.
La situation est plus complexe pour l'homme le plus rapide du monde, Usain Bolt. Bien qu'il soit toujours irréprochable selon les règles antidopage, des questions d'éthique persistent. Bolt était suivi par un spécialiste qui utilisait des substances à la limite de la légalité, tantôt interdites, tantôt autorisées. Pour la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF), Bolt est une figure emblématique de la popularisation de l'athlétisme, et toute condamnation éventuelle aurait des conséquences désastreuses pour l'ensemble du secteur sportif.
La criminalité et les zones grises auront toujours une longueur d'avance sur les règles ; toutefois, l'objectif est de veiller à ce que cet écart ne soit pas trop important.











